Sommaire
En bref
- Une mare est une étendue d’eau stagnante de moins de 5 000 m² et de moins de 2 m de profondeur ; elle peut être temporaire et conserver une valeur écologique élevée.
- En France, 90 % des mares ont disparu au XXe siècle ; elles n’occupent plus que 0,005 % du territoire mais abritent encore 15 % des espèces protégées.
- Un point d’eau de 2 m² suffit pour accueillir amphibiens, libellules et plantes hygrophiles.
- Introduire des poissons dans une mare de jardin est l’erreur la plus répandue et la plus destructrice pour son équilibre.
- Toutes les espèces d’amphibiens sont intégralement protégées par la loi française depuis l’arrêté du 19 novembre 2007.
En France, plus d’un million de mares ponctuent encore prairies, bocages et jardins. Mais ce chiffre masque un effondrement : selon le Portail Biodiversité Centre-Val de Loire, 90 % de ces points d’eau ont été comblés ou drainés au cours du XXe siècle. Ces étendues d’eau stagnante n’occupent désormais plus que 0,005 % du territoire métropolitain, d’après urbanisme.fr. Pourtant, elles abritent encore environ 15 % des espèces protégées recensées en France. Creuser une mare dans son jardin, même de 2 m², n’est pas un caprice de jardinier. C’est une intervention concrète dans une dynamique de régression que les données de l’Observatoire national de la biodiversité, publiées en novembre 2025, confirment chaque année.
Qu’est-ce qu’une mare ? Définition, taille et différence avec l’étang
Superficie et profondeur : les critères qui définissent une mare
La définition est précise : une mare est une étendue d’eau stagnante, naturelle ou artificielle, dont la superficie ne dépasse pas 5 000 m² et la profondeur reste inférieure à 2 m. C’est la définition retenue par des organismes comme l’ANVL (Association Nature et Vie Loire) et le PRAM Occitanie. Au-delà de ces seuils, on entre dans la catégorie de l’étang, voire du lac. La distinction avec l’étang ne tient pas qu’à la surface : un étang peut généralement être vidangé artificiellement, ce qui n’est pas le cas d’une mare. Le tableau suivant résume ces critères :
| Type | Superficie | Profondeur | Vidangeable |
|---|---|---|---|
| Mare | Moins de 5 000 m² | Moins de 2 m | Non (en général) |
| Étang | Plus de 5 000 m² | Variable | Oui (en général) |
| Lac | Plusieurs ha à km² | Plus de 2 m | Non |
Mare temporaire ou permanente : une distinction souvent ignorée
Une mare n’a pas besoin d’être en eau toute l’année pour avoir une valeur écologique. Les mares temporaires, qui s’assèchent en été, sont des habitats à part entière. Leur assèchement estival empêche les poissons de s’y installer. Et sans prédateurs permanents, les grenouilles et les tritons peuvent s’y reproduire. Beaucoup de propriétaires s’alarment à tort en voyant leur bassin naturel se vider en juillet : c’est souvent un signe de bonne santé écologique, pas un problème à résoudre.
La mare, un réservoir de biodiversité en forte régression
Un million de mares… dont 90 % ont disparu en un siècle
Le chiffre est brutal. La France a perdu 90 % de ses mares au cours du XXe siècle, principalement par comblement, drainage agricole et abandon (Portail Biodiversité Centre-Val de Loire). Ces bassins n’occupent plus que 0,005 % de la superficie nationale. La tendance ne s’inverse pas : entre 2000 et 2017, 47 % des surfaces de milieux herbacés humides ont disparu en France, selon l’Observatoire national de la biodiversité (bilan paru en novembre 2025). En 2026, la Fête des mares se tient du 6 au 14 juin pour sa 11e édition, portée par FNE, LPO, OPIE, SNPN et leurs partenaires autour du thème « Éveiller et transmettre le vivant ».
Amphibiens, libellules et plantes hygrophiles : un écosystème concentré
Ces zones humides de jardin concentrent une biodiversité sans rapport avec leur taille. Environ 15 % des espèces protégées recensées en France y trouvent refuge. Les amphibiens sont à la fois les plus connus et les plus menacés : 23 % des espèces présentes en France métropolitaine risquent de disparaître du territoire national, selon l’UICN, en lien direct avec la perte des mares. Une mare bien gérée dans un jardin peut être un maillon concret dans leur conservation.
Comment créer une mare naturelle dans votre jardin

Choisir l’emplacement et dimensionner votre mare de jardin
Installez votre point d’eau en mi-ombre : trop d’ensoleillement favorise le développement des algues, trop d’ombre freine la végétation aquatique. Éloignez-la des arbres à feuilles caduques : leurs feuilles, en se décomposant dans l’eau, enrichissent le milieu en nutriments et accélèrent l’eutrophisation.
Côté superficie, inutile de viser grand pour commencer. Un bassin naturel de 2 m² remplit déjà un rôle écologique réel. Pour garantir une zone hors gel en hiver et permettre l’hivernage des amphibiens et des invertébrés, jardiner-malin.fr et nord-nature.org recommandent une profondeur de 1,5 à 2 m sur au moins une partie du fond.
Creuser, aménager les pentes et imperméabiliser le fond
Des pentes douces en paliers, à environ 30°, sont indispensables pour que les animaux puissent entrer et sortir de l’eau. Une berge abrupte piège les hérissons et les grenouilles. Prévoyez plusieurs niveaux : 0-10 cm, 10-30 cm et 30 cm ou plus. Chaque palier accueille des plantes différentes et des espèces distinctes.
Pour l’imperméabilisation, une bâche EPDM d’au moins 1 mm d’épaisseur reste la solution la plus accessible pour un jardin domestique. La bentonite est envisageable si le sol est naturellement argileux, mais son efficacité dépend fortement de la composition locale.
Trois erreurs fréquentes qui compromettent l’équilibre d’une mare
La première, et de loin la plus répandue : introduire des poissons. Je comprends l’impulsion (un plan d’eau sans poissons semble presque inachevé), mais les poissons consomment les larves d’amphibiens et les invertébrés aquatiques. Résultat : une mare propre, claire, biologiquement vide. C’est l’opposé de ce qu’on cherche.
La deuxième : attendre d’avoir plus de place. Une zone humide de jardin de 2 m² est fonctionnelle. Le projet d’agrandir finit rarement par se concrétiser.
La troisième : intervenir trop vite. La première année, une mare semble turbide, verdâtre, instable. C’est normal. Laissez-lui le temps de s’équilibrer avant de corriger quoi que ce soit.
Quelles plantes indigènes pour garnir les berges et le fond de votre mare ?
Plantes de berge et de zone marécageuse : les incontournables
Chaque zone de profondeur accueille des plantes adaptées à ses conditions. Voici une sélection par niveau :
| Zone | Profondeur | Plantes recommandées |
|---|---|---|
| Berge humide | Sol gorgé d’eau | Jonc épars (Juncus effusus), caltha des marais (Caltha palustris) |
| Zone peu profonde | 0-30 cm | Iris des marais (Iris pseudacorus), massette (Typha latifolia) |
| Zone immergée | Plus de 30 cm | Nénuphar blanc indigène (Nymphaea alba) |
Évitez absolument la jussie (Ludwigia spp.) et le myriophylle du Brésil (Myriophyllum aquaticum) : ces espèces invasives colonisent rapidement les milieux aquatiques et étouffent la végétation indigène. Elles sont interdites à la vente dans l’Union européenne.
Plantes immergées et oxygénantes pour stabiliser l’eau de la mare
Les plantes oxygénantes consomment le CO₂, produisent de l’oxygène et captent les nutriments dissous, ce qui limite le développement des algues. Le cornille (Ceratophyllum demersum) est une bonne option strictement indigène. L’élodée du Canada est souvent citée, mais elle est devenue invasive dans de nombreux contextes : préférez le potamot (Potamogeton spp.) comme alternative plus sûre.
La faune qui colonise spontanément une mare de jardin

Amphibiens protégés par la loi : ce que dit l’arrêté de 2007
L’arrêté ministériel du 19 novembre 2007 place toutes les espèces d’amphibiens sous protection intégrale en France : il est interdit de capturer, détenir, déplacer ou détruire les grenouilles, tritons, crapauds et salamandres, ainsi que leurs habitats. 23 % de ces espèces sont menacées de disparition du territoire national selon l’UICN, en lien direct avec la perte des mares et zones humides. Si des amphibiens s’installent dans votre bassin de biodiversité dès la première ou deuxième année, c’est un bon indicateur que l’équilibre s’installe. Ne touchez à rien.
Insectes aquatiques, oiseaux et mammifères : les autres visiteurs
La colonisation d’une mare suit généralement un ordre prévisible. Les insectes arrivent en premier : dytiques, gerris, libellules et demoiselles trouvent l’eau par eux-mêmes, parfois en quelques semaines, sans qu’on les introduise. Les amphibiens suivent dans les mois ou années qui viennent. Ensuite viennent les oiseaux : bergeronnettes, rougegorges, et selon l’environnement proche, martin-pêcheur ou héron cendré. Des mammifères comme le hérisson peuvent venir s’abreuver si les berges sont accessibles.
Entretenir sa mare sans perturber l’équilibre naturel
Faucardage et curage d’une mare : quand et jusqu’où intervenir
Une mare bien conçue demande peu d’interventions. Le faucardage (coupe des plantes aquatiques) se pratique en fin d’été, jamais sur plus d’un tiers de la surface végétale à la fois, pour préserver les refuges hivernaux. Le curage (retrait des sédiments du fond) n’est nécessaire que tous les 5 à 10 ans au maximum, quand l’épaisseur de vase compromet la profondeur utile.
Ne curez jamais la totalité du fond en une fois. Conservez toujours une partie de la vase et de la végétation en place : elles contiennent les œufs, larves et micro-organismes qui permettront la recolonisation rapide du milieu.
Lentille d’eau et algues filamenteuses : diagnostic et réponse adaptée
La lentille d’eau (Lemna minor) est souvent confondue avec des algues. C’est une plante vasculaire flottante, non une algue. Son développement excessif signale une eutrophisation : trop de nutriments dans l’eau, souvent due à des feuilles mortes accumulées ou à un sol trop riche en périphérie.
La première fois que ma mare a viré au vert intense, j’ai mis du temps à comprendre d’où venait le problème. C’était les feuilles d’un saule voisin laissées s’accumuler dans le fond l’automne d’avant. J’ai retiré une partie de la vase, ajouté du cornille (Ceratophyllum demersum), et l’équilibre est revenu en deux saisons.
Retirez manuellement une partie des lentilles si elles couvrent plus des deux tiers de la surface, mais conservez-en une fraction pour l’ombre qu’elles fournissent.
Les algues filamenteuses, elles, signalent un déséquilibre différent : eau trop claire, trop riche en nitrates, manque de plantes oxygénantes. La réponse n’est pas chimique : ajoutez des plantes immergées et patientez quelques semaines.
Ce qu’il faut retenir
Une mare de 2 m², correctement installée sans poissons, avec des plantes indigènes réparties sur chaque zone de profondeur et une intervention humaine limitée, peut accueillir une part significative des espèces protégées françaises. En France, 90 % de ces points d’eau ont disparu en un siècle. Chaque bassin naturel créé dans un jardin contribue, à sa mesure, à inverser cette tendance. Le principe de base reste le même qu’en permaculture : moins on intervient, mieux ça fonctionne.
FAQ
Quelle est la différence entre une mare et un étang ?
La mare est une étendue d’eau stagnante de moins de 5 000 m² et de moins de 2 m de profondeur. L’étang dépasse généralement ces seuils et peut être vidangé artificiellement. La frontière est parfois floue sur le terrain, mais ces deux critères (surface et profondeur) font foi dans les définitions retenues par des organismes comme l’ANVL et le PRAM Occitanie.
Peut-on mettre des poissons dans une mare de jardin ?
Non. Les poissons consomment les larves d’amphibiens et les invertébrés aquatiques qui constituent la base de l’écosystème. Leur introduction est l’une des erreurs les plus répandues et les plus destructrices pour l’équilibre biologique du bassin. Une mare sans poissons est écologiquement beaucoup plus riche.
Quelle taille minimale pour une mare de jardin fonctionnelle ?
Une mare peut être fonctionnelle dès 2 m² de surface. L’essentiel est d’intégrer au moins une zone à 1,5-2 m de profondeur pour garantir un espace hors gel en hiver, et des pentes douces pour permettre aux animaux d’entrer et de sortir sans risque.
Les amphibiens qui s’installent dans ma mare sont-ils protégés par la loi ?
Oui. Grenouilles, tritons, crapauds et salamandres sont intégralement protégés par l’arrêté ministériel du 19 novembre 2007. Il est interdit de les capturer, détenir, déplacer ou de détruire leur habitat, y compris votre mare. Cette protection s’applique également aux œufs et aux larves.
Comment savoir si ma mare est en bonne santé ?
Une mare équilibrée présente une eau légèrement colorée (brunâtre ou verdâtre clair), une végétation variée sur les différentes zones de profondeur, et une faune diversifiée : insectes aquatiques, amphibiens, oiseaux visiteurs. Une eau parfaitement transparente signale souvent un manque de vie. Une eau très verte et malodorante indique une eutrophisation : retirez les matières organiques en excès et ajoutez des plantes oxygénantes.